J’ai interviewé Margaux qui est neuropsychologue

C’est au tour de Margaux, neuropsychologue, de se confier sur son travail, ses spécificités et sa compréhension du métier de psychomotricien à travers une interview.

Le mois dernier, Julie qui est psychologue nous a parlé des richesses de son métier ainsi que de son travail auprès d’une psychomotricienne au sein d’un EHPAD (maison de retraite) avec les personnes âgées. Vous pouvez retrouver son interview ici :

J’ai interviewé Julie psychologue

 

Aujourd’hui, changement de population !

Les personnes que Margaux rencontrent dans le cadre de bilan neuropsy et de suivi thérapeutique sont plus jeunes. Il s’agit d’enfant, d’adolescents et d’adultes qui présentent tous des problématiques diverses.

On sent à travers ses réponses un dévouement et une réelle passion de son travail. Elle n’hésite pas à évoquer des « cas cliniques » comme on les appelle dans le jargon. En fait, elle donne simplement en exemple l’histoire d’un patient afin que les lecteurs puissent s’imaginer au mieux les situations.

Enfin, sa vision du métier de psychomotricien est vraiment juste. Elle a pu le cerner sans être psychomotricienne. Et croyez moi, ce n’est pas si évident !

Bonne lecture.

 

Présentation

Pour commencer, parles nous de toi, qui es tu ? 

Bonjour, je m’appelle Margaux je suis Neuropsychologue depuis presque 2 ans (Mais qu’est ce que c’est ????!!!!).  La neuropsychologie c’est une discipline scientifique en lien avec l’évaluation des fonctions cérébrales. Mon objectif en tant que neuropsychologue est d’évaluer la nature et l’importance des troubles cognitifs (mémoire, attention, langage, etc.). On peut demande un bilan neuropsychologique pour aider à poser un diagnostic (autisme, schizophrénie, alzheimer, etc.) mais également pour mesurer l’ampleur des troubles à la suite d’un traumatisme cérébral ou d’une maladie (AVC, traumatisme cranien, etc.). Pour cela on effectue un entretien clinique et des tests neuropsychologiques.

Quel est ton parcours ? 

J’ai effectué une licence en psychologie à l’Université de Nîmes.

C’est à cette occasion que j’ai pu commencer à aiguiser mon sens clinique au vu des nombreuses disciplines et orientations proposées dans cette Université (psychologie clinique, psychologie de l’enfant, psychologie sociale, neuropsychologie, tec.).

Lors de ma troisième année de licence j’ai effectué un premier stage auprès de femmes victimes de violences conjugales (CIDFF Arles). Cette première expérience fut bouleversante mais m’a permis de prendre conscience de la réalité (pas toujours évidente) du métier.

Par la suite, j’ai réalisé ma première année de Master à la faculté de Montblanc Savoie. Avec des cours « à la carte » j’ai pu me concentrer sur mes matières de prédilections à savoir les neurosciences et la neuropsychologie. A cette occasion j’ai réalisé un stage dans deux établissements psychiatriques. L’année de Master 1 étant une année de sélection (donc épuisante !!) j’ai souhaité prendre du temps pour moi.

J’ai fais une année sabbatique afin de voyager.

Reboostée à bloc j’ai continué mon master 2 de psychologie spécialisée en neuropsychologie dans la même Université. Mon lieu de stage était cette fois dans un service d’Addictologie en post-cure, où je travaille actuellement.

Afin d’être prête pour plonger dans le grand bain j’ai réalisé un dernier stage en cabinet libéral auprès d’enfants et d’adolescents.

J’ai trouvé mon premier poste de Neuropsychologue dans le Nord pas de calais (adieu le sud et le soleil) au sein de la fondation Hopale. Mes missions étaient de réaliser des bilans neuropsychologiques et de faire de la rééducation auprès de patients « blessés crâniens ». Les pathologies étaient toutes aussi variées (AVC, traumatisme crânien, tumeur, etc.) que les troubles présentés. Je n’aurais pas pu trouver meilleure structure pour démarrer en tant que professionnelle.

Par la suite j’ai travaillé dans un IME (Institut Médico-Educatif) auprès d’enfants autistes et déficients intellectuels, ou j’exerce encore actuellement. Comme ce poste est à mi-temps j’ai pu le compléter en travaillant dans le service d’Addictologie j’avais effectué mon stage de Master 2.  

 

Où et avec qui exerces tu actuellement ? 

Actuellement je suis travaille dans 3 structures différentes :

IME les « papillons blancs » : J’exerce dans le pôle enfance (6-12ans) de l’IME. Je suis l’unique psychologue/neuropsychologue de ce service mais le personnel est nombreux et varié. Une équipe constituée d’une orthophoniste, d’une psychomotricienne, d’un infirmier, d’un psychiatre et de nombreux éducateurs constitue l’équipe.

Notre but est d’accompagner au quotidien et sur le plan éducatif des enfants présentant des pathologies de type autistique (ou apparentées) et déficients intellectuels.  Mon rôle est de déterminer les capacités cognitives des enfants afin de les accompagner et d’adapter au mieux (toujours en lien avec l’équipe) leur environnement en fonction de leurs possibilités.

Service d’addictologie: Le service d’addictologie est un service de post-cure ou les patients sont hospitalisés pour une durée de 6semaines après avoir effectué un sevrage. Ce pôle est avant tout un pôle de rééduction qui permet au patient d’être abstinent, de maintenir cette abstinence et d’appréhender la sortie sous le meilleur angle. L’équipe est composée de deux neuropsychologues, d’une psychologue, de professeurs d’Activité Physique Adaptée, d’ergothérapeutes, d’une diététicienne et d’une psychomotricienne.
Cabinet Libéral : J’accueille des enfants/adolescents et adultes dans le cabinet libéral.

Comment as tu connu le métier de psychomotricien ?

J’ai découvert le métier de psychomotricien lors de mes études et des différents étudiants que j’ai pu rencontrer au cours de celles-ci. Nos disciplines sont complémentaires et il est essentiel pour nous de connaitre tous les corps de métier qui nous entourent (ergothérapie, psychomotricité, orthophonie, etc.).

Lors de quelles occasions as tu travaillé avec un(e) ou des Psychomotricien(ne)s ?

J’ai actuellement l’occasion de travailler avec des psychomotriciennes au sein de l’IME dans lequel je travaille et également dans le service d’addictologie.

Le travail en co thérapie 

Peux tu nous raconter un ou deux exemples de prise en charge faite en commun ? 

 A l’IME, j’assure le suivi de L. un jeune garçon présentant un syndrome du X fragile. Ce syndrome entraine des troubles du langage, de la motricité et du comportement quasi constants. Au vu de la multiplicité des troubles présent chez ce jeune garçon il est essentiel de lui proposer une prise en charge large et adaptée à tous les aspects de sa pathologie. De plus, L. présente des TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs) qui envahissent son quotidien. Au vu de toutes ces difficultés il était alors essentiel pour L. de bénéficier à la fois d’un soutien psychologique, de mettre en lumière ses capacités cognitive et de l’aider sur le plan corporel.

Comment se réparti alors votre travail entre toi et ton / ta collègue ?

Du coté psychologique/neuropsychologie : J’assure un suivi psychologique avec L. 1 mardi sur deux afin qu’il puisse évacuer avec ses mots les difficultés qu’il perçoit et qu’il vit au quotidien. Malgré ses difficultés langagières ce temps est important pour lui. Il y trouve un cadre rassurant et ritualisé qui lui permet de s’exprimer sur les difficultés qu’il rencontre avec les autres enfants du groupe ou dans son environnement familial.

Un bilan neuropsychologique à également été effectué afin de faire le point sur ses capacités de communication expressive, de communication réceptive, de socialisation ou encore d’adaptation au quotidien. Cela est important afin de s’assurer que L. nous comprenne bien et que nous le comprenions en retour.

L’importance du travail d’équipe


Psychomotricité : Ma collègue psychomotricienne voit L. en séance 1fois par semaine afin qu’il puisse prendre conscience de ses limites corporelles, qu’il soit moins envahi par ses troubles TOC et qu’il soit accompagné dans la compréhension des modifications corporelles dues à l’adolescence. Une autre séance lui est également proposée en salle Snoezelen afin qu’il puisse se détendre et faire abstraction de ses difficultés constantes.

En séance de psychomotricité, L. apprend à se détendre et à comprendre et apprivoiser les modifications corporelles qu’il subit dues à l’adolescence. Ce travail fait remonter beaucoup de questions concernant la sexualité. C’est pourquoi il est essentiel pour moi d’être en lien avec la psychomotricienne qui me fait part des questionnements de L. (avec son consentement). Nous pouvons alors reprendre ensemble ce qu’il a vécu durant la séance de psychomotricité.

A l’inverse, il arrive parfois qu’en entretien, L. soit envahi par ses TOC corporels et ne soit pas en mesure d’être ouvert à l’échange. C’est alors mon rôle d’en informer la psychomotricienne afin de continuer et d’adapter la séance suivante.

 

 

La prise en charge individuelle séparément 

C’est une question que peuvent se poser beaucoup de personnes, quand faut il s’orienter vers un psychologue plutôt que vers un psychomotricien ?

« Un esprit sain dans un corps sain ».

Les deux disciplines peuvent être complémentaires comme on le voit avec le cas de L. Toutefois, je pense que le corps est le reflet de l’esprit. Lorsque nos pensées, nos difficultés, nos questionnements sont trop envahissants et ne permettent plus d’être a l’aise au niveau corporel (tensions, maux de têtes, etc.) il est nécessaire de s’alarmer.

 

Et dans quel cas, orientes-tu tes patients vers un psychomotricien ?

Un exemple. Il m’est arrivé lorsque j’étais en libéral, d’orienter une petite fille présentant des troubles du graphisme avec des difficultés de concentration, de maladresse. Mais lorsqu’on grattait un peu plus loin on pouvait voir que ses difficultés n’étaient pas seulement motrices mais qu’elle était très émotive et se privait d’être libre dans son expression écrite de peur d’être jugée par le professeur.

C’est dans ce genre de situation qu’il me semble important de faire appel à un psychomotricien afin de réguler au plus vite le lien entre le corps et les émotions.


Comment se répartissent alors vos objectifs thérapeutiques ?

Mon objectif est dans un premier temps de comprendre l’origine des barrières psychologiques qui se sont construites. Pourquoi l’enfant en est venu à ne plus vouloir écrire, à ne plus oser être libre de s’exprimer. S’il est nécessaire, je peux effectuer un travail de rééducation cognitive afin de remettre l’enfant à niveau ou de pallier à ses difficultés.

Le psychomotricien lui va effectuer un travail en lien avec les émotions (le coté psychologiques) et le corps. Il n’est pas rare que lorsqu’on trouve l’origine du mal être, le corps se sente lus détendu et plus apte à s’exprimer.

La conception du métier 


Comment imaginais-tu le métier de psychomotricien ?

Je pensais que la prise en charge était courte et ciblée sur un seul élément corporel problématique. Très fonctionnelle, technique et et peu axée sur la compréhension de son corps. A vrai dire, je n’avais pas vraiment idée de comment pouvait se passer une séance de psychomotricité.  

Maintenant que tu as travaillé avec, comment définirais tu le métier ?

Même si je suis loin de tout savoir, à présent je définirais la psychomotricité comme un métier multidisciplinaire.

Il prend en compte la compréhension du corps, de ses mouvements, de son tonus en lien avec le ressenti émotionnel. Il n’est parfois pas nécessaire de parler pour s’exprimer et faire sortir ses émotions : et ca grâce à cette discipline.  

 

 

Merci Margaux pour tes explications à travers des cas concrets mais aussi pour ta façon de voir le métier de psychomot !

C’etait une vraie découverte de ton métier.

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