Eau’de à l’eau

D9ECEB2E-56DF-4B61-AC8D-FF004715D0D7

Partager l’article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur pinterest
Partager sur whatsapp
Partager sur telegram

L’eau est un excellent médiateur pour accéder au relâchement comme en témoigne le récit de Camille, psychomotricienne, connue sous le pseudo Campsychomot.

J’ai l’immense plaisir et honneur de publier un article qui n’est pas de ma plume. C’est signe de confiance de la part de ma collègue. Il s’agit de Camille alias Campsychomot sur Instagram qui nous livre son expérience en balnéothérapie avec un jeune patient pré psychotique.


Eau’de à l’eau

D’autant que je me souvienne, l’eau a toujours été mon élément préféré. J’adore me promener sous la pluie (ayant les cheveux fort bouclés ça ne me change rien), j’aime me baigner, que ce soit en mer ou à la piscine et enfant je pouvais passer des heures à jouer avec l’eau de mon bain.

Avec les études de psychomotricité et la multitudes de médiations possibles, l’eau est revenue à moi petit à petit, après un an d’exercice. Mon employeur m’a alors financé une formation et j’ai pu, avec l’aide de mon super collègue moniteur éducateur, monter un groupe de balnéothérapie (mais en piscine..).

Ce groupe existe depuis maintenant 3 ans, et accueille 4 jeunes. Nous essayons de prendre des profils différents, afin d’apporter de la diversité à chaque enfant. De plus, chaque jeune intégrant la médiation a eu, ou a un suivi en psychomotricité, ce qui permet aussi de faire du lien avec ma pratique en salle.

Quand tous les collègues sont ok

Les débuts du groupe

Au tout début, nous avions imaginé le groupe pour les jeunes ne pratiquant pas de sport, présentant un surpoids et/ou une hémiplégie, afin qu’ils puissent vivre leur corps autrement, sans se sentir pénalisé par leur poids.

Ce petit groupe de 4 + 2 a permis de faire naitre pas mal de choses chez les jeunes concernés.

Pour certains, ce fut un gain en autonomie, pour d’autres le plaisir de bouger son corps autrement, et enfin le fait de gagner en confiance et de pouvoir se détacher de l’adulte afin d’aller explorer tranquillement le bassin et tout ce qu’il propose (jets d’eaux, douches, bulles).

 

 

L’arrivée de Lucien au sein du groupe

Parallèlement au groupe, j’ai continué mes prises en charge individuelles, dont celle de Lucien.

Lucien est un jeune de 13 ans, pré-psychotique et encoprétique.

Selon lui, « Son caca est un bouchon qui le protège au sein de son corps ».

Les séances en psychomotricité ont pour objectif d’apporter un relâchement tonique et d’aider Lucien a mieux percevoir et contrôler son axe corporel. Malgré tous les outils à ma disposition (Piscine à balles, hamac, gros pouf, toupie, sac de danse), Lucien était envahi par de trop nombreuses choses et il lui était compliqué d’être disponible d’un point de vu psycho-corporel.

Après échanges avec l’équipe médico-éducative, il a été décidé de permettre à Lucien d’intégrer le groupe de balnéothérapie afin de lui permettre de vivre son corps autrement (grâce à la flottaison de celui-ci) et de travailler autour de l’axe corporel de manière différente, ainsi qu’autour de la gestion des émotions.

L’entrée dans l’eau est toujours sujet à de grosses décharges tonico-émotionnelles, Lucien ressentant le besoin d’exploser. Au fur et à mesure de l’accompagnement, ses décharges ont réussies à diminuer et sont nettement moins envahissantes pour lui. Lucien réussit maintenant à se contenir et à exprimer ses émotions différemment. Le travail en balnéothérapie s’est effectué en diverses étapes, mais ont pu partir d’une envie et surtout d’une demande de Lucien, celle d’apprendre à nager.

Les différentes étapes menant au relâchement musculaire

Au tout début de l’accompagnement « eau » il était impossible pour Lucien de réussir à se relâcher d’un point de vu tonique. Il a donc été nécessaire d’effectuer le travail en plusieurs étapes.

Tout d’abord, il a fallu repartir de la base, la position fœtale. Lors de ce moment, Lucien se positionnait dans mes bras, et je me baladais dans la piscine, en variant les sensations. Nous allions tant sous les jets que dans la « rivière sauvage » ou au contact des bulles. Les variations sensorielles ont permis d’apporter à Lucien de la contenance et un vécu corporel totalement différent du quotidien. Petit à petit, j’ai pu observer un réel relâchement tonique, tant postural que relationnel.

Nous avons ensuite pu progresser dans la stimulation et passer aux frites. Lucien se retrouvait maintenant dos à moi (dans un contact ventre/dos) avec une frite positionnée au niveau de ses pieds. Le fait de fonctionner par étapes permet de travailler aussi la réassurance et de ne pas tout de suite proposer des situations qui pourraient être vécues comme anxiogènes. Après plusieurs séances comme ceci, Lucien a accepté de se détacher de moi et que nous apposions une frite sous ses cervicales.

Cette étape du se faire en plusieurs fois, Lucien montrant une recrudescence des décharges toniques et une hypertonicité face à cet exercice. Il lui a fallu quelques séances avant d’accepter de ne plus ressortir ce contact dos/ventre, très rassurant pour lui.

Puis, Lucien a demandé de lui-même à ne plus utiliser les frites et à passer à la planche. Avant cela, il me parut important que Lucien ressente la flottaison sans aucun matériel au moins une fois.

Le travail avec la planche, et l’intégration de l’axe corporel

Au vu des différents progrès de Lucien dans l’eau, et de son envie croissante de savoir nager, la médiation a enfin pu s’axer sur le point du projet le plus important, l’intégration de l’axe corporel et surtout de la zone du ventre.

Ainsi, il a été demandé à Lucien de d’abord contracter puis relâcher son ventre, et ce plusieurs fois de suite, afin qu’il puisse sentir la différence. Au tout début, cet exercice n’était réellement pas évident pour lui, et pouvait être vécu comme stressante, Lucien ayant peur d’avoir un accident dans l’eau.

Il a donc fallu poser des mots sur ses ressentis et l’accompagner dans toute cette étape, lui expliquant que s’il réellement il ressentait le besoin d’aller aux toilettes, nous irons sans souci.

Une fois cette étape passée, il fut l’heure de tenter de nager en battant des pieds, grâce à la planche. Au tout début, Lucien réussissait à faire 3 battements, puis 4 puis 5, tout en contractant bien son ventre lorsqu’il effectuait ses battements.

Et après ?

Aujourd’hui, Lucien est en capacité de se laisser flotter seul, sans accessoires, et de nager sur quelques mètres. Il sait aussi m’exprimer les différences ressenties entre un « ventre dur » et un « ventre relâché ».

Ce travail en plusieurs étapes a permis à Lucien d’améliorer son vécu corporel et de mieux percevoir son axe. Une diminution de l’encoprésie est aussi notable depuis quelques temps, même si elle peut réapparaitre à certains moments. Lucien est aussi maintenant plus présent dans la relation à l’autre, et moins envahi par ses éprouvés corporels.

 

 

Le médiateur eau m’a permis de débloquer des choses chez Lucien, que je n’avais pas réussi à atteindre en séance individuelle. Ses progrès fait au sein de cette médiation sont aussi visibles dans son quotidien, et Lucien parait maintenant être plus apaisé.

De plus, une évolution du dessin du bonhomme est notable, Lucien ne représentant plus le « long boudin » lorsqu’il se dessine.

 

Texte de Camille, Campsychomot

 


 

Merci à Camille pour avoir partagé son histoire, surtout celle de Lucien avec nous. Il est important de souligner que les bénéfices d’une prise en charge en psychomotricité n’est pas toujours visible dès les premières séances et nécessite parfois un long travail qui demande un investissement de la part de tous.

On peut retenir que Camille n’a pas baissé les bras après des séances individuelles et a su rebondir vers une autre médiation. Là encore, elle a gardé ses objectifs à long terme, tout en fixant certains à court terme  par étapes ET fait en sorte d’accompagner Lucien vers le sien, celui de nager.

On espère toutes les deux que ce récit, ce cas clinique comme on dit chez les psychomotriciens, vous a plu et vous a donné un aperçu de notre métier.

Pour en savoir plus sur le travail de Camille, je vous invite à lire son interview :

https://www.misspsychomot.com/2019/01/07/jai-interviewe-cam-psychomot/

À la lecture de son histoire, j’ai repensé à mon expérience en flottaison en isolation sensorielle que je vous partage à nouveau :

https://www.misspsychomot.com/2018/08/27/la-flottaison-en-isolation-sensorielle/

 

A bientot pour un nouvel article !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *