J’ai interviewé Carole de Mum & Me

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Aujourd’hui, c’est Carole Coenen, kinésithérapeute et psychomotricienne en Belgique, connue sous le nom de Mum & Me d’être interviewée.

Je n’imaginais pas que l’aventure Miss Psychomot aurait autant d’impact et qu’un jour, des psychomotriciennes seraient honorées d’être interviewées. Encore plus surprenant quand il s’agit de professionnelles investies dont leur site internet est enregistré dans mes favoris … qui me contactent … moi ?  ♥

Je me rappelle avoir partagé cet article sur Facebook il y a longtemps (avant que j’ouvre le Blog) :

La psychomotricité n’est pas de la gymnastique!

On dirait une vraie groupie.

 

Carole a un parcours impressionnant, la double casquette professionnelle rend son travail encore plus intéressant et complet. Je vous invite à la découvrir à travers l’interview ci dessous qui sera illustré avec des photos de son blog.

 

 
 

Parles moi de toi, qui es tu ? 

Moi, c’est Carole Coenen. Je suis psychomotricienne en Belgique et j’exerce ce merveilleux métier depuis 2013.
Sur internet, je me cache derrière le blog Mum&Me sur lequel j’aborde des questions liées au développement de l’enfant, à la parentalité, à l’éducation et à la périnatalité.
Parce que la psychomotricité a changé complètement ma vie et ma façon de voir le corps et l’être humain, et parce qu’elle m’aide au quotidien à accompagner ma fille qui grandit, j’ai eu envie de partager sur ces sujets désormais si chers à mon coeur !
 
 

Quel est ton parcours ? 

En Belgique, c’est un peu spécial car la possibilité de faire des études de psychomotricité à 18 ans est toute récente.
Le Bachelier en Psychomotricité n’est organisé que depuis 2012.
Avant, c’était une formation continue adressée à des professionnels déjà diplômés. Et il existait deux filières : une pédagogique et une paramédicale. Il était donc possible de se former tout en travaillant, ce qui n’est plus réellement le cas maintenant car la psychomotricité est devenue une formation de base, au même titre que la kinésithérapie ou les soins infirmiers.
À 18 ans, en terminant mes études secondaires (comme le lycée en France), je ne savais pas trop vers quel métier me diriger. Je me suis inscrite à l’université et j’ai obtenu un Master en Kinésithérapie et Réadaptation. Mais je suis restée sur ma faim avec cette formation ! Et je ne me voyais pas pratiquer le métier tel que je l’avais expérimenté en stage.
J’avais envie d’explorer plus loin le sens du mouvement, la construction des compétences humaines, ses aspects psychiques et relationnels pour avoir une vision plus globale du corps.
En réalisant mon mémoire de fin d’études en kiné, j’avais déjà un peu basculé vers cette vision holistique du corps en questionnant la danse-thérapie comme processus thérapeutique en psychiatrie adulte.
J’ai poursuivi dans cette direction par une formation d’un an en art-thérapie. Formation très intéressante mais qui n’était pas assez « interventionniste » pour moi ! Je voulais vraiment oeuvrer au service du rapport au corps de l’autre dans une prise en charge pensée et construite … pas « juste » proposer des ateliers artistiques en milieu de soin comme le proposait cette formation.

 

C’est là que j’ai découvert la psychomotricité !
J’ai alors réalisé un post-graduat paramédical de 3 ans pour m’y former. Désormais, cette formation n’existe plus car c’est elle qui a évolué vers l’actuel Bachelier.
Pendant plusieurs années, je n’ai plus pratiqué la kinésithérapie, jusqu’à ce que je donne naissance à ma fille et que je me passionne pour la périnatalité. J’ai vraiment découvert tous les enjeux et la complexité de cette période de la vie qu’est la grossesse, l’enfantement, les suites de couches et la découverte de la vie avec un bébé. Les liens à faire avec la psychomotricité étaient nombreux, bien sûr 😉 Je me suis donc plongée corps et âme dans cette direction en me formant, à nouveau, pour me spécialiser en périnéologie à l’université afin d’accompagner les femmes avant et après l’accouchement.

Ou et avec qui exerces tu actuellement ? 

Je me partage actuellement entre mon cabinet à Aubel, une petite ville de campagne près de Liège en Belgique, et l’enseignement.
Au cabinet, je reçois essentiellement des bébés et leurs parents, des jeunes enfants et des (futures) mamans. D’où son nom, Mum&Me. J’y propose des séances d’éveil psychomoteur parents-bébé pour guider les parents dans leur accompagnement du développement psychomoteur de leur petit. Je réalise des bilans psychomoteurs et des suivis individuels d’enfants présentant des difficultés spécifiques qu’elles soient sensorielles, motrices, émotionnelles, comportementales ou intellectuelles.
Et avec ma casquette de kiné, je prépare les futurs mamans à leur accouchement et les reçois ensuite pour rééduquer leur périnée et leurs abdominaux. J’interviens également auprès des enfants présentant des troubles urinaires et/ou défécatoires.
Ma passion pour le métier de psychomotricien et pour le fonctionnement psychomoteur du corps et de l’être humain m’a menée vers l’enseignement. J’interviens donc dans le Bachelier en Psychomotricité où je donne des cours théoriques et pratiques. Je rends également visite aux étudiants sur leurs lieux de stages, pour les accompagner et les superviser.
À coté de cela, je suis également active sur Internet où je propose un soutien au développement (psycho)moteur du bébé par l’intermédiaire d’un programme en ligne : Objectif Marche, à la conquête de la motricité (mais pas n’importe comment).
L’idée n’est pas de me substituer à un vrai suivi psychomoteur en présentiel mais d’informer les parents sur les enjeux liés au développement précoce de la motricité. C’est de la prévention ! Car je suis persuadée que de nombreuses difficultés apparaissant ultérieurement dans l’enfance pourraient être évitées par une meilleure attention au développement du bébé, au tout début de sa vie, et des choix éclairés en matière de puériculture.

Comment organises tu ta semaine de travail ?

Mes horaires sont variables ! Côté école, je donne parfois beaucoup de cours et je réalise de nombreuses visites aux étudiants en stage, en plus de toutes les réunions. Et parfois, c’est le calme plat. J’occupe le cabinet les mardis et mercredis après-midi et début de soirée. Un mercredi matin par mois, je donne un atelier d’éveil psychomoteur parents-bébé gratuit à la consultation ONE (Office National de l’Enfance) de ma commune. Quand je suis moins occupée par mon rôle d’enseignante, j’en profite pour écrire sur mon blog, animer mon groupe Facebook et créer des contenus pour mon programme en ligne.
 

Quelles sont tes loisirs ? T’en inspires tu durant les séances de psychomot ? 

Avant d’être maman (car oui, il y a un avant et après), je faisais de la danse classique. J’en ai fait assidument pendant plus de 20 ans et c’est en partie à cause de ce travail corporel que je me suis trouvée passionnée par le mouvement, le corps humain, ses relations avec les émotions, la manière dont l’individu se construit et étaye ses différentes fonctions à partir de celui-ci.  
Je ne m’en inspire pas directement en séance de psychomot. Mais par contre cela me permet de bien connaître mon propre corps et de me rendre malléable dans mes ajustements tonico-émotionnels en dialogue corporel avec mes patients 🙂
Et sinon, j’aime les livres d’histoire, les jeux de société, les promenades nature, lire un bon roman, regarder un bon film ou suivre une série palpitante pour me changer les idées. Alors oui, les histoires et les jeux de société, ça m’inspire en séance. Le reste est un peu moins utile 😉
 

Que préfères tu dans ton travail ?

Ce que je préfère, ce sont les moments de déclics. Vous savez, ces moments où vous donnez une explication simple à des parents et tout à coup, ça fait sens pour eux. Ils se sentent compris, ils déculpabilisent, ils comprennent mieux leur enfant, ils découvrent comment mieux réagir au quotidien, les visages s’éclairent.
Ces moments où, au sein d’une prise en charge qui stagne peut-être depuis quelques séances, se produit une évolution, quelque chose de constructeur pour le patient. Ce sont ces petites étincelles qui me font vibrer dans mon métier ! Quand je trouve une réponse à un besoin identifié chez le patient pour l’aider à avancer.
 

Peux tu nous confier sur ce que tu aimes moins dans ton travail ? 

Sans hésitation : la paperasserie !!! Je déteste le versant administratif de mon travail : faire la compta, tenir les dossier, suivre les paiements, transmettre les reçus, communiquer avec les mutualités. Mais voilà, il faut bien que ça se fasse. Et comme je suis quelqu’un d’organisé, je m’y colle au fur et à mesure.
En plus avec ma double casquette de kinésithérapeute et de psychomotricienne, je dois faire deux fois le travail car ce ne sont pas les mêmes nomenclatures.
Mais un jour, je serai riche et j’aurai une secrétaire, ahah! 
 

Quelles sont les difficultés que tu rencontres ? 

En Belgique, le métier est actuellement très fortement mis à mal.
« La caricature représente Maggie de Block notre (très grosse) ministre de la santé en Belgique, emblématique du blocage et de tout l’amalgame autour de la profession. »
La presse a dernièrement véhiculé l’idée que les études de psychomotricité ne menaient à rien, en titrant en double page des slogans du style « 3 ans d’études pour rien » …
Le nombre d’étudiants en psychomotricité a chuté de manière extrême et tout le monde a commencé à se méfier des psychomotriciens, ces soi-disants arnaqueurs de la santé.
Or, non seulement le métier est reconnu mais le diplôme est valide puisqu’il répond aux normes européennes en matière de qualification !

 

C’est un amalgame qui provient de l’organisation politique en Belgique : certains domaines sont gérés par le gouvernement fédéral tandis que d’autres le sont par les gouvernements régionaux de Wallonie ou de Flandre. Ainsi, le ministère de la santé, au fédéral, ne reconnait pas la psychomotricité comme faisant partie des titres paramédicaux permettant aux patients d’obtenir un remboursement par l’assurance maladie-invalidité, comme les kinés ou les logopèdes (orthophonistes) par exemple.

Ce qui ne veut pas dire que les psychomotriciens sont des illégaux du paramédical, c’est juste une question de financement des prestations !

Par contre, les structures de santé sous tutelle régionale reconnaissent officiellement le titre de psychomotricien. C’est le cas des structures d’accueil pour personnes handicapées, des maisons de repos pour personnes âgées, des centres de santé mentale, mais également du secteur de la petite enfance et de l’enfance ! La plupart des mutualités wallonnes remboursent d’ailleurs nos prestations.

En conclusion, c’est une sacrée histoire de désinformation qui prend plus de temps à être réparée que propagée !!!
 
http://www.carolecoenen.be/2017/03/28/pourquoi-la-psychomotricite-fait-elle-aujourdhui-polemique-en-belgique

Comment y remédier si possible ?

À nous, psychomotriciens de Belgique, de continuer à nous mobiliser et à nous faire entendre pour rendre à notre métier toutes ses lettres de noblesse. Heureusement, nous avons le soutien des acteurs de terrains qui connaissent toute la valeur de l’intervention psychomotrice. Mais cela reste difficile à entendre pour ceux qui ne connaissent pas le métier et ses fondements.
Nous espérons également que les prochaines élections fédérales, à venir au mois de mai, permettront de débloquer la situation au niveau fédéral … En attendant, nous sommes actifs au sein de notre union professionnelle et des hautes écoles afin de toujours faire parler de ce métier encore méconnu et parfois mal compris du grand public !
Nous avons notamment lancé l’action #OUIpsychomot sur les réseaux sociaux.
Nous avons également profité des calendriers 2019 réalisés par le Collectif Communic’Actif des Psychomotriciens pour s’en procurer et en distribuer dans les institutions.
De même que nous participons toujours activement à la journée européenne de la psychomotricité du 19 septembre. Chaque année, une Haute Ecole organise un colloque à cette occasion. Et en 2019, cela se passera dans l’école où je donne cours 🙂
 
 

Quelles sont les qualités que tu estimes nécessaires pour être un super psychomot ?

Pour commencer, je dirais la passion. Car c’est un métier qui exige beaucoup d’énergie, d’investissement, de remise en question, d’auto-analyse, de méta-réflexion et de formation continuée. Plus toute notre bataille belgo-belge pour la valorisation de nos pratiques ! Comment faire tout ça si on est pas passionné 😉
Ensuite je dirais, créativité et ouverture d’esprit. Car il faut parfois faire preuve d’imagination pour mobiliser et faire évoluer des patients dont les mécanismes sont bien ancrés. Et parce qu’il faut aussi s’ouvrir à l’extérieur, à ce qui se fait et se pense ailleurs, pour évoluer soi-même en tant que professionnel et améliorer ses prises en charge.
 
 

Comment envisages tu le métier d’ici quelques années ?

Oh, j’espère que le métier sera inscrit dans ce fichu article 78 de la loi sur les soins de santé en Belgique, pour que les patients puissent être mieux remboursés de nos prestations.
J’espère que la presse nous fera de belles premières pages sur ces psychomotriciens qui sont enfin « sauvés » (même si, on est d’accord, nous n’avons en réalité pas besoin d’être sauvés puisque notre métier est valide, nous avons juste besoin d’informer le grand public sur ce fait).
J’espère que les étudiants afflueront de nouveau sur les bancs de première année du Bachelier en Psychomotricité afin que se perpétue cette merveilleuse manière d’accompagner l’être humain dans son développement et la (ré)organisation de ses capacités de reliance avec l’environnement !
 
 

Quels sont les impacts de la psychomotricité sur ta vie ? Qu’est ce qui a changé en toi ? 

Quand j’ai compris que l’être humain était par définition un être psychomoteur, que je fonctionnais moi-même de manière psychomotrice, tout a changé dans ma façon d’envisager mon corps, mes émotions, mes relations, mes projets, mes apprentissages, mes désirs, mes réticences, … et même mes sautes d’humeur !
C’est comme si on m’avait offert des nouvelles lunettes et que tout prenait sens, enfin !
Cela m’a ouvert l’accès à une nouvelle grille de lecture et de compréhension tant de moi-même que de mes patients.
À l’époque, je travaillais dans un centre médical pédiatrique, en tant que kinésithérapeute, et j’intervenais principalement auprès d’enfants et d’adolescents atteints d’obésité très sévère. Autant vous dire que le rapport au corps, à son image, ses sensations, ses relations et ses émotions était au coeur de mon travail. Et la psychomotricité m’a apporté bien des éclairages pour accompagner au mieux ces jeunes dans leur processus de perte de poids et de ré-appropriation de soi.
Ensuite, quand je suis devenue maman, mes connaissances en psychomotricité m’ont également permis de franchir certaines étapes cruciales avec mon bébé, opéré à coeur ouvert dès la naissance et séparé de moi pendant presque un mois.
Mes connaissances sur le développement psychomoteur et les besoins psycho-affectif du nouveau-né nous ont permis, à mon compagnon et moi, d’accompagner au mieux notre petite dès la naissance, de pallier à ses manques et de combler ses besoins afin que cela ne reste qu’un mauvais souvenir. Et cela continue à nous éclairer et à nous donner des pistes au fil de sa croissance, des crises et des apprentissages qui jalonnent la vie d’un enfant qui grandit 😉
 

Raconte moi un de tes plus beaux moments comme psychomot ?

Je n’ai malheureusement pas un moment précis qui me vient à l’esprit et que je retiendrais comme mon plus beau moment. Mais ce que j’aime par dessus tout, c’est quand les enfants que je suis arrivent au cabinet avec une grande nouvelle à m’annoncer. Quand ils sont tout fiers de mettre des mots sur un progrès qu’ils ont fait comme réussir à dormir tout seul dans leur lit pendant toute une nuit, aller à la selles au bon endroit, réussir une épreuve à la gym, se faire de nouveaux amis ou encore recevoir les félicitations de leur institutrice à l’école. Leurs yeux qui pétillent de fierté, leur sourire et la motivation qui s’en suit dans les séances sont un véritable cadeau pour moi 🙂

 

Enfin, comment as tu découvert MissPsychomot ? Qu’est ce que tu apprécies le plus sur le blog ou sur Instagram ? 

C’est sur Facebook que j’ai découvert ta page et j’ai tout de suite apprécié le côté pratique, ancré dans le concret, de tes publications. Comme tu dois t’en douter, on se sent parfois seul en tant que psychomot en Belgique et toute la communauté psychomot sur les réseaux sociaux, dont tu représentes une part active, est un véritable soutien au quotidien.
J’apprécie les échanges et les partages qui se font autour de tes articles et ta manière de présenter ton travail au quotidien 🙂
Les psychomotriciens belges devraient en prendre de la graine et partager plus sur leur métier, comme tu le fais 😉
 

 

Merci énormément pour tous ces mots
 
 
Les liens vers ses réseaux sociaux :
 
En espérant que les visuels vous ont donné envie de découvrir le site et tout son travail. Encore une très belle rencontre !

 

 

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